Partie 1 - Combien ?

En 2025, les structures de prise en charge ont enregistré 10 747 cas de violences basées sur le genre sur l'ensemble du territoire ivoirien. Parmi eux, 841 cas de viol, soit 7,8% du total.

Ce chiffre ne reflète pas l'ampleur réelle du phénomène : il ne couvre que les cas déclarés et pris en charge par les services officiels. Le nombre réel de victimes est nécessairement plus élevé.


Partie 2 - Qui sont les victimes ?


Sur les 10 747 survivants recensés, 8 545 sont des femmes (79,5%) et 2 202 des hommes (20,5%).

Toutes tranches d'âge confondues, les femmes sont majoritaires - mais le déséquilibre est particulièrement marqué à partir de 15 ans. Chez les 18-24 ans, on compte 1 550 femmes pour seulement 111 hommes. Chez les 25 ans et plus, 4 372 femmes pour 814 hommes.

Fait notable : chez les très jeunes enfants (0-4 ans), le ratio est presque à l'équilibre - 370 filles pour 358 garçons - ce qui suggère que les violences touchant les très jeunes enfants ne suivent pas le même profil genré que celles touchant les adolescentes et les femmes adultes.

79,5% des victimes sont des femmes. À partir de 15 ans, elles représentent plus de 85% des cas.


Partie 3 - Quels types de violences ?


La forme de violence la plus fréquemment enregistrée est le déni de ressources (5 096 cas, 47,4%) - privation économique, confiscation de revenus, contrôle financier imposé à la victime. C'est une forme de violence souvent invisible, rarement médiatisée, mais statistiquement dominante.

Suivent la violence psychologique (2 212 cas) et l'agression physique (2 154 cas). Le viol (841 cas) et les agressions sexuelles hors MGF (254 cas) représentent ensemble 10,2% des actes enregistrés.


Partie 4 - Quand les victimes déclarent-elles ?

48,4% des victimes (5 204 cas) déclarent dans les 3 premiers jours suivant l'incident. Mais 21,7% attendent plus de 3 mois avant de se manifester - soit plus de 2 336 personnes. Ce délai long traduit les barrières réelles au signalement : peur des représailles, pression familiale, honte sociale, méfiance envers les institutions. Le signalement précoce est pourtant déterminant pour la qualité de la prise en charge médicale et juridique.


Partie 5 - Où ?

Le District Autonome d'Abidjan concentre le plus grand nombre de cas enregistrés avec 2051 cas soit 19,1%. Ce chiffre reflète en partie la densité de population mais aussi la plus grande disponibilité des structures de prise en charge dans la capitale économique. Le Sud-Comoé, le Gbéké et le Haut-Sassandra suivent.

Les régions à faible nombre de cas enregistrés (Gboklé, Bafing, Folon) ne sont pas nécessairement moins affectées : elles disposent souvent de moins de structures de signalement, ce qui produit une sous-déclaration structurelle difficile à corriger.


Partie 6 - Qui sont les auteurs ?

87% des auteurs identifiés sont de sexe masculin. 13% sont de sexe féminin, et 3,8% des cas impliquent des auteurs mixtes.

Qui sont précisément ces agresseurs ? Quel est leur lien avec la victime ? Leur profession ? Agissent-ils seuls ? C'est l'objet de notre prochaine analyse, entièrement consacrée au profil des auteurs de VBG en Côte d'Ivoire.


Ce que les données ne disent pas

  1. Sous-déclaration massive. Ces 10 747 cas ne représentent que les violences déclarées et prises en charge. La majorité des victimes ne signalent pas - par peur, stigmatisation ou méconnaissance des recours.
  2. Actes vs individus. La figure sur les types de violence comptabilise des actes. Une même victime peut apparaître dans plusieurs catégories si elle a subi plusieurs formes de violence simultanément.
  3. Biais géographique. La répartition par région reflète autant la densité des structures de prise en charge que la prévalence réelle des violences. Les zones rurales sont structurellement sous-représentées.